{"id":62,"date":"2023-06-24T14:28:27","date_gmt":"2023-06-24T12:28:27","guid":{"rendered":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/?p=62"},"modified":"2023-06-24T14:28:27","modified_gmt":"2023-06-24T12:28:27","slug":"poete-vos-papiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/poete-vos-papiers\/","title":{"rendered":"Po\u00e8te&#8230; vos papiers !"},"content":{"rendered":"\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=OAdoj_fVsuY\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=OAdoj_fVsuY<\/a><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Texte condens\u00e9 enregistr\u00e9 par L\u00e9o Ferr\u00e9 (1971)<\/strong><\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La po\u00e9sie contemporaine ne chante plus&#8230; Elle rampe. Elle a cependant le privil\u00e8ge de la distinction&#8230; Elle ne fr\u00e9quente pas les mots mal fam\u00e9s&#8230; elle les ignore. On ne prend les mots qu&rsquo;avec des gants&nbsp;: \u00e0 \u00ab\u00a0menstruel\u00a0\u00bb on pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9riodique\u00a0\u00bb, et l&rsquo;on va r\u00e9p\u00e9tant qu&rsquo;il est des termes m\u00e9dicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du Codex.&nbsp;<br>Le snobisme scolaire qui consiste, en po\u00e9sie, \u00e0 n&#8217;employer que certains mots d\u00e9termin\u00e9s, \u00e0 la priver de certains autres, qu&rsquo;ils soient techniques, m\u00e9dicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. &nbsp;<br>Ce n&rsquo;est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n&rsquo;est pas le mot qui fait la po\u00e9sie, mais la po\u00e9sie qui illustre le mot. &nbsp;<br>Les \u00e9crivains qui ont recours \u00e0 leurs doigts pour savoir s&rsquo;ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des po\u00e8tes, ce sont des dactylographes. &nbsp;<br>Le po\u00e8te d&rsquo;aujourd&rsquo;hui doit \u00eatre d&rsquo;une caste, d&rsquo;un parti ou du \u00ab\u00a0Tout-Paris\u00a0\u00bb. Le po\u00e8te qui ne se soumet pas est un homme mutil\u00e9. &nbsp;<br>La po\u00e9sie est une clameur. Elle doit \u00eatre entendue comme la musique. Toute po\u00e9sie destin\u00e9e \u00e0 n&rsquo;\u00eatre que lue et enferm\u00e9e dans sa typographie, n&rsquo;est pas finie. Elle ne prend son sexe qu&rsquo;avec la corde vocale, tout comme le violon prend le sien avec l&rsquo;archet qui le touche. &nbsp;<br>L&#8217;embrigadement est un signe des temps. De notre temps. &nbsp;&nbsp;<br>Les hommes qui pensent en rond ont les id\u00e9es courbes. Les soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires c&rsquo;est encore la Soci\u00e9t\u00e9. La pens\u00e9e mise en commun est une pens\u00e9e commune.&nbsp;<br>Mozart est mort seul, accompagn\u00e9 \u00e0 la fosse commune par un chien et des fant\u00f4mes. Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes. Ravel avait dans la t\u00eate une tumeur qui lui su\u00e7a d&rsquo;un coup toute sa musique. &nbsp;Beethoven \u00e9tait sourd. Il fallut qu\u00eater pour enterrer B\u00e9la Bartok. Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde s&rsquo;en fout&#8230; &nbsp;<br>L&rsquo;Art n&rsquo;est pas un bureau d&rsquo;anthropom\u00e9trie&nbsp;! &nbsp;<br>La Lumi\u00e8re ne se fait que sur les tombes&#8230; &nbsp;<br>Nous vivons une \u00e9poque \u00e9pique et nous n&rsquo;avons plus rien d&rsquo;\u00e9pique. La musique se vend comme le savon \u00e0 barbe. Pour que le d\u00e9sespoir m\u00eame se vende il ne reste qu&rsquo;\u00e0 en trouver la formule. Tout est pr\u00eat&nbsp;: les capitaux, la publicit\u00e9, la client\u00e8le. Qui donc inventera le d\u00e9sespoir&nbsp;? &nbsp;<br>Avec nos avions qui dament le pion au soleil. Avec nos magn\u00e9tophones qui se souviennent de \u00ab\u00a0ces voix qui se sont tues\u00a0\u00bb, avec nos \u00e2mes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficel\u00e9s dans nos paquets de viande \u00e0 regarder passer les r\u00e9volutions. &nbsp;<br>N&rsquo;oubliez jamais que ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;encombrant dans la Morale, c&rsquo;est que c&rsquo;est toujours la Morale des autres. &nbsp;<br>Les plus beaux chants sont des chants de revendications. Le vers doit faire l&rsquo;amour dans la t\u00eate des populations.&nbsp;<br><strong>A L&rsquo;\u00c9COLE DE LA PO\u00c9SIE, ON N&rsquo;APPREND PAS ON SE BAT&nbsp;!<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><br><strong>Texte int\u00e9gral de la pr\u00e9face \u00e0 \u00ab\u00a0Po\u00e8te&#8230; vos papiers&nbsp;!\u00a0\u00bb, \u00e9crite par L\u00e9o Ferr\u00e9 en 1956<\/strong><\/h3>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La po\u00e9sie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privil\u00e8ge de la distinction, elle ne fr\u00e9quente pas les mots mal fam\u00e9s, elle les ignore. Cela arrange bien des esth\u00e8tes que Fran\u00e7ois Villon ait \u00e9t\u00e9 un voyou. On ne prend les mots qu&rsquo;avec des gants&nbsp;: \u00e0 \u00ab\u00a0menstruel\u00a0\u00bb on pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9riodique\u00a0\u00bb, et l&rsquo;on va r\u00e9p\u00e9tant qu&rsquo;il est des termes m\u00e9dicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex. Le snobisme scolaire qui consiste \u00e0 n&#8217;employer en po\u00e9sie que certains mots d\u00e9termin\u00e9s, \u00e0 la priver de certains autres, qu&rsquo;ils soient techniques, m\u00e9dicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main. Ce n&rsquo;est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n&rsquo;est pas le mot qui fait la po\u00e9sie, c&rsquo;est la po\u00e9sie qui illustre le mot.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>L&rsquo;alexandrin est un moule \u00e0 pieds. On n&rsquo;admet pas qu&rsquo;il soit mal chauss\u00e9, tra\u00eenant dans la rue des semelles ajour\u00e9es de musique. La po\u00e9sie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l&rsquo;alexandrin comme une forme pressur\u00e9e et intouchable. Les \u00e9crivains qui ont recours \u00e0 leurs doigts pour savoir s&rsquo;ils ont leur compte de pieds ne sont pas des po\u00e8tes: ce sont des dactylographes. Le vers est musique; le vers sans musique est litt\u00e9rature. Le po\u00e8me en prose c&rsquo;est de la prose po\u00e9tique. Le vers libre n&rsquo;est plus le vers puisque le propre du vers est de n&rsquo;\u00eatre point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique &#8211; toutes licences comprises. Il n&rsquo;y a point de fautes d&rsquo;harmonie en art; il n&rsquo;y a que des fautes de go\u00fbt. L&rsquo;harmonie peut s&rsquo;apprendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Le go\u00fbt est le sourire de l&rsquo;\u00e2me; il y a des \u00e2mes qui ont un vilain rictus, c&rsquo;est ce qui fait le mauvais go\u00fbt. Le Concerto de Bela Bartok vaut celui de Beethoven. Qu&rsquo;importe si l&rsquo;alexandrin de Bartok a les pieds mal chauss\u00e9s, puisqu&rsquo;il nous tra\u00eene dans les \u00e9toiles! La Lumi\u00e8re d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;elle vienne EST la Lumi\u00e8re&#8230;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>En France, la po\u00e9sie est concentrationnaire. Elle n&rsquo;a d&rsquo;yeux que pour les fleurs; le contexte d&rsquo;humus et de fermentation qui fait la vie n&rsquo;est pas dans le texte. On a rogn\u00e9 les ailes \u00e0 l&rsquo;albatros en lui laissant juste ce qu&rsquo;il faut de moignons pour s&rsquo;\u00e9battre dans la basse-cour litt\u00e9raire. Le po\u00e8te est devenu son propre r\u00e9ducteur d&rsquo;ailes, il s&rsquo;habille en confection avec du kapok dans le style et de la fibranne dans l&rsquo;id\u00e9e, il habite le palier au-dessus du reportage hebdomadaire. Il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 attendre du po\u00e8te musel\u00e9, accroupi et content dans notre monde, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 esp\u00e9rer de l&rsquo;homme parqu\u00e9, fich\u00e9 et souriant \u00e0 l&rsquo;aventure du vedettariat. Le po\u00e8te d&rsquo;aujourd&rsquo;hui doit \u00eatre d&rsquo;une caste, d&rsquo;un parti ou du Tout-Paris. Le po\u00e8te qui ne se soumet pas est un homme mutil\u00e9. Enfin, pour \u00eatre po\u00e8te, je veux dire reconnu, il faut \u00ab\u00a0aller \u00e0 la ligne\u00a0\u00bb. Le po\u00e8te n&rsquo;a plus rien \u00e0 dire, il s&rsquo;est lui-m\u00eame sabord\u00e9 depuis qu&rsquo;il a soumis le vers fran\u00e7ais aux diktats de l&rsquo;herm\u00e9tisme et de l&rsquo;\u00e9criture dite \u00ab\u00a0automatique\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9criture automatique ne donne pas le talent. Le po\u00e8te automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des cl\u00f4tures: le five o&rsquo;clock de l&rsquo;abstraction collective.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>La po\u00e9sie est une clameur, elle doit \u00eatre entendue comme la musique. Toute po\u00e9sie destin\u00e9e \u00e0 n&rsquo;\u00eatre que lue et enferm\u00e9e dans sa typographie n&rsquo;est pas finie; elle ne prend son sexe qu&rsquo;avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l&rsquo;archet qui le touche. Il faut que l&rsquo;oeil \u00e9coute le chant de l&rsquo;imprimerie, il faut qu&rsquo;il en soit de la po\u00e9sie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande film\u00e9e: le vers \u00e9crit ne doit \u00eatre que la version originale d&rsquo;une photographie, d&rsquo;un tableau, d&rsquo;une sculpture. D\u00e8s que le vers est libre, l&rsquo;oeil est \u00e9gar\u00e9, il ne lit plus qu&rsquo;\u00e0 plat; le relief est absent comme est absente la musique. \u00ab\u00a0Enfin Malherbe vint&#8230;\u00a0\u00bb et Boileau avec lui&#8230; et toutes les \u00e9coles, et toutes les communaut\u00e9s, et tous les phalanst\u00e8res de l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9! L&#8217;embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les id\u00e9es courbes. Les soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires sont encore la Soci\u00e9t\u00e9. La pens\u00e9e mise en commun est une pens\u00e9e commune. Du jour o\u00f9 l&rsquo;abstraction, voire l&rsquo;arbitraire, a remplac\u00e9 la sensibilit\u00e9, de ce jour-l\u00e0 date, non pas la d\u00e9cadence qui est encore de l&rsquo;amour, mais la faillite de l&rsquo;Art. Les po\u00e8tes, exsangues, n&rsquo;ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des port\u00e9es vides ou dod\u00e9caphoniques &#8211; ce qui revient au m\u00eame, les peintres du fusain \u00e0 bille. L&rsquo;art abstrait est une ordure magique o\u00f9 viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconna\u00eetront jamais Van Gogh dans la rue&#8230; Car enfin, le divin Mozart n&rsquo;est divin qu&rsquo;en ce bicentenaire&nbsp;! Mozart est mort seul, accompagn\u00e9 \u00e0 la fosse commune par un chien et des fant\u00f4mes. Qu&rsquo;importe! Aujourd&rsquo;hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage \u00e0 Salzbourg&nbsp;! L&rsquo;art est anonyme et n&rsquo;aspire qu&rsquo;\u00e0 se d\u00e9pouiller de ses contacts charnels. L&rsquo;art n&rsquo;est pas un bureau d&rsquo;anthropom\u00e9trie. Les tables des mati\u00e8res ne s&#8217;embarrassent jamais de fiches signal\u00e9tiques&#8230; On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven \u00e9tait sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui su\u00e7a d&rsquo;un coup toute sa musique, qu&rsquo;il fallut qu\u00eater pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse&nbsp;: cela ne repr\u00e9sente rien qui ne soit qu&rsquo;anecdotique. La lumi\u00e8re ne se fait que sur les tombes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magn\u00e9tophones qui se souviennent de \u00ab\u00a0ces voix qui se sont tues\u00a0\u00bb, avec nos \u00e2mes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficel\u00e9s dans nos paquets de viande, \u00e0 regarder passer les r\u00e9volutions. Le seul droit qui reste \u00e0 la po\u00e9sie est de faire parler les pierres, fr\u00e9mir les drapeaux malades, s&rsquo;accoupler les pens\u00e9es secr\u00e8tes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Nous vivons une \u00e9poque \u00e9pique qui a commenc\u00e9 avec la machine \u00e0 vapeur et qui se termine par la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;atome. L&rsquo;\u00e9nergie enferm\u00e9e dans la formule relativiste nous donnera demain la salle de bains portative et une monnaie \u00e0 piles qui rel\u00e9guera l&rsquo;or dans la m\u00e9moire des westerns&#8230; La po\u00e9sie devra-t-elle s&rsquo;alimenter aux accumulateurs nucl\u00e9aires et mettre l&rsquo;\u00e2me humaine et son d\u00e9sarroi dans un herbier&nbsp;? Nous vivons une \u00e9poque \u00e9pique et nous n&rsquo;avons plus rien d&rsquo;\u00e9pique. A New York le dentifrice chlorophylle fait un p\u00e2t\u00e9 de n\u00e9on dans la for\u00eat des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le savon \u00e0 barbe. Le progr\u00e8s, c&rsquo;est la culture en pilules. Pour que le d\u00e9sespoir m\u00eame se vende, il ne reste qu&rsquo;\u00e0 en trouver la formule. Tout est pr\u00eat: les capitaux, la publicit\u00e9, la client\u00e8le. Qui donc inventera le d\u00e9sespoir&nbsp;? Dans notre si\u00e8cle il faut \u00eatre m\u00e9diocre, c&rsquo;est la seule chance qu&rsquo;on ait de ne point g\u00eaner autrui. L&rsquo;artiste est \u00e0 descendre, sans d\u00e9lai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n&rsquo;y a plus de chasse gard\u00e9e, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9fend. Il faut s&rsquo;appeler Claudel ou Jean de L\u00e9traz, il faut \u00eatre incompr\u00e9hensible ou vulgaire, lyrique ou populaire, il n&rsquo;y a pas de milieu, il n&rsquo;y a que des variantes. D\u00e8s qu&rsquo;une id\u00e9e saine voit le jour, elle est aussit\u00f4t happ\u00e9e et mise en compote, et son auteur est trait\u00e9 d&rsquo;anarchiste.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n&rsquo;es pas un syst\u00e8me, un parti, une r\u00e9f\u00e9rence, mais un \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me. Tu es la seule invention de l&rsquo;homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de libert\u00e9. Tu es l&rsquo;avoine du po\u00e8te. A vos plumes po\u00e8tes, la po\u00e9sie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes&nbsp;! La violence est l&rsquo;apanage du muscle, les oiseaux dans leurs cris de d\u00e9tresse empruntent \u00e0 la violence musicale. Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l&rsquo;amour dans la t\u00eate des populations. A l&rsquo;\u00e9cole de la po\u00e9sie, on n&rsquo;apprend pas&nbsp;: on se bat.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Place \u00e0 la po\u00e9sie, hommes traqu\u00e9s&nbsp;! Mettez des tapis sous ses pas meurtris, accordez vos cordes cass\u00e9es \u00e0 son diapason lunaire, donnez-lui un bol de riz, un verre d&rsquo;eau, un sourire, ouvrez les portes sur ce no man&rsquo;s land o\u00f9 les chiens n&rsquo;ont plus de museli\u00e8re, les chevaux de licol, ni les hommes de salaires. N&rsquo;oubliez jamais que le rire n&rsquo;est pas le propre de l&rsquo;homme, mais qu&rsquo;il est le propre de la Soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;homme seul ne rit pas; il lui arrive quelquefois de pleurer. N&rsquo;oubliez jamais que ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;encombrant dans la morale, c&rsquo;est que c&rsquo;est toujours la morale des autres.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je voudrais que ces quelques vers constituent un manifeste du d\u00e9sespoir, je voudrais que ces quelques vers constituent pour les hommes libres qui demeurent mes fr\u00e8res un manifeste de l&rsquo;espoir.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=OAdoj_fVsuY Texte condens\u00e9 enregistr\u00e9 par L\u00e9o Ferr\u00e9 (1971) La po\u00e9sie contemporaine ne chante plus&#8230; Elle rampe. Elle a cependant le privil\u00e8ge de la distinction&#8230; Elle ne fr\u00e9quente pas les mots mal fam\u00e9s&#8230; elle les ignore. On ne prend les mots qu&rsquo;avec des gants&nbsp;: \u00e0 \u00ab\u00a0menstruel\u00a0\u00bb on pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0p\u00e9riodique\u00a0\u00bb, et l&rsquo;on va r\u00e9p\u00e9tant qu&rsquo;il est des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":63,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-62","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=62"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":64,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/62\/revisions\/64"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/media\/63"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=62"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=62"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/joubjoub.fr\/didasko\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=62"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}